Logo

Jogya pour les intimes

octobre 3, 2016 5:17
Publié par

Si la Malaisie nous était familière pour y avoir déjà voyagé voici trois ans, nous ne connaissions pas l’Indonésie. Notre choix pour une introduction à ce vaste pays constitué d’îles s’est porté sur Java, semblant concentrer des éléments paysagers et culturels variés et passionnants.
Avion de KL à Jogya (prononcer « Djodja »), depuis le terminal KLIA 2, réservé aux compagnies low cost comme Air Asia.
A l’arrivée, nous sommes d’emblée dans le bain de la négociation. Un taxi exige le double du prix, aussi nous lui préférons un autre chauffeur. Par les vitres, je remarque que Jogya est plus dense que je ne me l’étais imaginé. Quartier Sosrowijayan. Il y a pléthore de homestays et de losmen (pensions). Si ce soir nous choisissons une pension avec piscine, demain, nous opterons pour Dewa Homestay, davantage dans notre budget, et surtout parce que nous avons rencontré Augustino au détour d’une rue, qui y travaille et semble riche de conseils pour un Jogya hors des sentiers battus. Lors de ce premier échange nous évoquerons le karma. Dewi désigne une entité divine féminine, et Dewa son pendant masculin. Le lendemain donc, Augustino se propose de nous accompagner pour une virée en scooter. Teresa l’italienne et Maureen la belge sont aussi de la partie. Traverser la ville en deux roues est une expérience, il faut avoir les yeux partout, et ne pas oublier que la conduite est à gauche. Les scooters ici sont rois. On arrive dans les faubourgs plus tranquilles, au sud de la cité. Une crevaison dans un virage ne nous ralentira qu’à peine : cela s’est produit devant un garage, en dix minutes la réparation est faite…La route offre des scènes incroyables, à peine fantasmées. Rizières verdoyantes dans lesquelles s’activent les ouvriers coiffés d’un chapeau conique. Si penchés parfois qu’on ne distingue que le couvre-chef émerger des plants. Chèvres et poules ornent les bas-côtés, tentant parfois une traversée. Vélos et mobylettes sont chargés à outrance, équilibre au jugé.

On monte sur les collines d’Imogiri et Menoreh. Une forêt de pins s’élance de la terre rouge. Les points de vue sur la campagne en contrebas sont superbes. L’un des panoramas, le plus spectaculaire, présente, comme dans un tableau, une rivière serpentant entre les coteaux façonnés en terrasses agricoles. Dans un village, nous nous arrêterons dans un atelier de batik.  La cire provient de la sève prélevée des pins admirés précédemment. Quelques tampons sont gravés des motifs potentiels. Des cuves, pour y plonger le tissu, et enfin la cour, où celui-ci achèvera de sécher. On relève différents types d’habitats dans le village, traduisant le niveau de vie. Des frangipaniers roses et jaunes, des arbres fruitiers (papayes), égayent l’endroit.

Passage dans une église chrétienne. Jésus y est représenté selon les codes indonésiens, coiffe et position des mains. Une musique nous attire. Chanceux que nous sommes en ce premier jour, il s’agit d’un gamelan, ensemble instrumental traditionnel propre à Java. La voix des femmes agit comme une mélopée lancinante. On nous fait signe d’essayer. Non sans timidité, nous tentons vainement de suivre la partition, sous les rires de nos camarades de jeu. Instant magique. Non loin, un groupe médite, yeux mi-clos, guidés par une voix sans visage. La nuit est tombée. Augustino veut nous montrer la plage, et nous espérons ne pas le perdre des yeux dans l’obscurité. Soudain, l’odeur, le son, tout indique que la mer est là. On distingue de grosses vagues au large de cette longue plage. Quelque chose roule à mes pieds, se déplaçant avec rapidité. Un crabe ? Juste une rose, charriée par la brise. Une offrande, car prier face aux flots est courant. Sur le retour, surpris par une averse, nous nous abriterons au poste de police.
Epuisés, le lendemain, nous effectuerons une promenade erratique dans les fort jolies ruelles entre le Kraton et le Water Castle, en retrait du chaos de Jogya. Pour couper court à toute sollicitation d’un becak, il suffit de dire poliment jalan jalan (je marche), ou akurapopo (besoin de rien).

Ce jour, nous repartons avec Augustino pour une balade de temple en temple. Deux complexes célèbres et majestueux jouxtent Jogya. Borobudur et Prambanan. Mais d’autres Candi jalonnent la périphérie, et s’ils sont plus modestes, ils restent charmants et tranquilles. Les principaux suscités étant classés par l’Unesco, leur droit d’entrée est bien plus conséquent, et ils sont très fréquentés. Premier stop au Candi Sambisari, qui a la particularité d’être bâti en contrebas. On y rencontre Ganesh, et la déesse Durga. Il y a un lingam au sein de ce temple, formes s’imbriquant, incarnant la complémentarité du masculin et du féminin. Ce Candi date du IX ème siècle et fut découvert assez tard, dans les années 60, par un fermier.
Non loin de Prambanan, le complexe de Plaosan, deux temples conséquents et symétriques. Garuda, l’oiseau mythique et emblématique, veille sur les pierres. Le volcan Merapi à l’horizon paraît bien sage. A chaque arrêt, nous sommes sollicités pour des photographies en compagnie de visiteurs indonésiens. Ici, c’est un groupe de guides en formation, autant dire que je me sens concernée.

Après le troisième temple, nous nous arrêtons déjeuner dans un village. Le mobilier est en bambou. Augustino s’étonne du prix incroyablement peu élevé des plats. Soto ayam pour moi, mets que je vais alors commencer à adorer : il s’agit d’une soupe de riz, de vermicelles, de pousses de soja et de poulet. Fabien tente le Bakso, des boulettes de viande. Je retrouve le jus d’avocat, sucré et épais, à l’instar du Cambodge. La route, plate jusqu’alors, s’enfonce dans les collines. Nous savourons la vue et la solitude depuis le Candi Barong, aux allures sud-américaines, de par sa circonscription géométrique et surélevée. Avant d’achever la journée dans un dernier temple, nous faisons étape dans une carrière. Au sommet de celle-ci, nombre de javanais viennent se promener et admirer la vue.

L’orage gronde au loin. En quittant le Candi Ijo, une énorme pluie s’abat. Impossible de reprendre la route vers Jogya dans ces conditions. Nous attendrons probablement deux heures, un thé chaud au miel dans les mains pendant qu’Augustino prie avec application et désespoir. Il fait froid, bien que le thermomètre ne doive pas afficher en dessous de 25 degrés. C’est le genre de situation qui devient un souvenir après avoir été un moment pénible.

[edit] Retour à Jogya après avoir sillonné le Centre et l’Est de Java.

S’il est un lieu magique et paisible dans la grouillante Jogya, c’est le Taman Sari (littéralement «  joli jardin fleuri  »). Autrement nommé Water Castle, il fut édifié au XVIII è siècle, probablement par un portugais. Il permettait au sultan de s’y offrir une retraite, afin de se reposer et de se baigner. Deux bassins symétriques accueillaient ses femmes et ses enfants. Le troisième, le sien, était séparé par une bâtisse percée de fenêtres. Il y avait des lacs autour à une époque, mais ceux-ci ont été comblés suite au développement des habitations. Les murs défraîchis ont beaucoup d’allure. Non loin, au-delà d’une entrée discrète, se cache une mosquée souterraine et atypique, qui n’est plus utilisée depuis le XIX è siècle. Epurée, elle est comprise sur deux niveaux parfaitement circulaires. En son sein, cinq escaliers, représentant les piliers de l’Islam.

L’avantage et le plaisir de voyager en Asie est aussi lié aux contrastes. Il nous est familier et quotidien de dormir en homestay avec salle de bain partagée, et de manger dans la rue, et pour l’instant, nous respectons aisément notre budget de 500 euros par mois et par personne. Nous aimons aussi ponctuellement nous offrir un plaisir, un extra du voyage, à savoir profiter d’un bel hébergement, ou d’un repas plus raffiné, sans scrupule aucun. Ainsi, à Jogya, nous essaierons la piscine du sophistiqué et immaculé Indies Heritage Hostel, dont le buffet de petit-déjeuner est démentiel (proposant tous les plats découverts pendant ce mois à Java).

Infos pratiques

– Taxi aéroport centre ville 75 000 RP
– Losmen Bladok 180 000 RP
– Dewa Guesthouse 120 000 RP (avec petit-déjeuner)
– Location de scooter 75 000 RP la journée
– Un beignet dans la rue 500 RP
– Parkings de la forêt de pins : de 3000 à 10 000 RP / scooter
– Entrée dans les temples : de la gratuité à 4000 RP pour deux, grâce à Augustino
– Soto ayam en périphérie 6000 RP
– Plat dans un restaurant cozy de Sosrowijayan entre 18 000 et 35 000 RP
– Eau entre 6000 et 8000 RP
– Train Malang > Jogyakarta 150 000 RP en économique (7h)
– Becak Malioboro > Prawirotaman 30 000 RP
– Hôtel Indies Heritage 500 000 RP la nuit (avec petit-déjeuner)
– Entrée Taman Sari et mosquée souterraine 15 000 RP

PHOTOS EN VRAC

yogya2bd-3yogya2bdyogya2bd-2yogya2bd-4batik_factorybdgoalkeeper_jogyaresizeimg_2872jogya_1jogya_2jogya_3jogya_4jogya_5jogya_7jogya_8jogya_9jogya_10jogya_11jogya_12jogya_13jogya_14model_jogyaresize