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De Bondowoso à Ijen

octobre 19, 2016 1:30
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Passion volcan. Allons découvrir l’autre attraction phare de Java, le Kawah Ijen, réputé pour son lac bleu et ses mineurs qui récoltent péniblement le souffre. Deux portes d’accès sont possibles  : depuis Bondowoso, à une heure et demie du volcan, et Banyuwangi. Nous optons pour la première. Nous ne l’avons pas regretté.

Nous nous installons au Ijen Homestay, pension spacieuse, claire et très bien tenue. Nous avons le sentiment d’être à la maison, c’est donc bienvenu pour se reposer. Il y a des pièces communes  : balcon, salle à manger, salon. Le matin, des nouilles nous attendent sur la table. Le rapport qualité prix est excellent. Cet hébergement propose un service de voiture avec chauffeur afin de rallier le Kawah Ijen. C’est une manière sûre et facile de s’y rendre, bien plus que par les – sporadiques – transports en communs. Les hébergements ne semblent guère satisfaisants au pied du volcan qui plus est. Et louer un scooter aurait nécessité de connaître l’état de la route, ainsi que conduire de nuit afin d’assister au lever du soleil.

Le soir, sortant trouver de quoi se sustenter à Bondowoso, nous entendons une clameur. Piqués de curiosité, nous passons une tête. Il y a là un défilé de mode. On nous explique que cet événement s’inscrit dans le cadre du festival Muharram, célébration de la nouvelle année islamique, durant une quinzaine de jours. La programmation est riche. Pour l’heure, sur le catwalk, de magnifiques mannequins arborent des robes spectaculaires réalisées à partir de batik, le tissu traditionnel. Les modèles sont mitraillés par des photographes professionnels. Fabien attirera le flash de ces derniers, et sera présenté à la plus belle femme de Jember, ville voisine. Des ambassadeurs du tourisme, portant une écharpe brodée, jeunes et avenants, nous invitent à la table du directeur du tourisme du district. Ces ambassadeurs sont recrutés selon leur niveau d’anglais et leur connaissance du territoire.
[edit : Suite à une mauvaise manipulation, nous avons perdu toutes les photos du défilé sauf celle ci-dessous, prise avec un téléphone.]

Le jour suivant, en cette même salle, aura lieu un contest pop song. Nous encouragerons la fille et sœur de nos voisins de derrière, qui, en échange, nous offrirons beignets au tempe, cigarette (pour Fabien) et café. A l’Alun alun (square animé situé au sein des cités), nous goûterons un excellent kebab local, tel qu’il est nommé. S’il contient de la saucisse, je me doute que ce n’est pas du porc. Des glaces au format indécent ornent les mains des enfants. On ne fait pas un pas sans une demande de selfie ou un échange de parole. Un espace d’expositions présente divers métiers et des stands permettent d’acheter peintures, motos, literie, alimentaire, café local. On se fera même prendre la tension par des étudiants en médecine. Verdict  : trop élevée.

Le lendemain, tentative de se rendre au Ijen avortée  : il pleut des hallebardes. Le couple de hollandais avec qui on va partager la voiture est d’accord pour attendre la nuit suivante. Les départs se font à 11h30. 1h30 de route pour rallier Ijen, et ainsi faire l’ascension de nuit afin de descendre dans le cratère observer les blue fires et contempler la venue de l’aube. En attendant, la journée, nous profitons de l’envie de balade des hollandais et nous greffons à la voiture tout prête à partir dans les montagnes autour de Bondowoso. La route, défoncée, s’enfonce dans les hauteurs. Un sentier de 3km à pieds permet d’accéder à trois cascades, dont deux jumelles. Elles sont superbes, puissantes et nichées dans la verdure. La paroi sur laquelle l’eau glisse est noire et polie. Nous visiterons une fabrique de tofu, et je ne prends pas de risque à qualifier cela de fromage végétal. Toutes les étapes de la confection sont présentes en un seul espace, dans lequel s’activent les ouvriers. En continuant dans la dimension culinaire, il y a à Bondowoso une spécialité, le tape. C’est une gourmandise au goût suri et légèrement sucré. A l’origine de cela, une tubercule bouillie, provenant du kassava. Notre chauffeur nous en achètera un panier rempli. La faim se fait sentir. Fabien teste le lele, poisson chat élevé dans les bassins dédiés du warong (restaurant). Bondowoso fut donc une étape agréable, et la campagne environnante est bien jolie.

Il va falloir prendre du repos et des forces, car c’est le grand jour pour l’Ijen. La montée se fait sous les étoiles, comme d’accoutumée. Pour descendre dans le cratère, il faut mettre les masques à gaz. Le souffre pique les yeux, et s’insinue dans la gorge. Quand une volute vous enveloppe, il suffit de fermer les yeux quelques secondes, l’inconfort se dissipe. Le chemin plonge assez abruptement, la progression est lente, car il faut veiller à ne pas glisser sur les pierres. On s’efface pour laisser passer les mineurs, fort chargés. Un travail pénible, un salaire faible, et une espérance de vie peu élevée : voilà leur lot. Ils effectuent l’aller retour trois fois par jour, sans protection, charriant 80 kg de matière. En bas, les flammes bleues dansent dans la fumée. Je convoque l’image de Vulcain, figure mythologique antique.

Une fois remontés, on passe sur la crête, depuis laquelle on guette le lever du soleil sur le fameux lac turquoise. Si le ciel est beau, offrant des nuages colorés digne d’un tableau de Turner, le lac se fait désirer. Il est surmonté d’une chape de brume épaisse et blanche, lui conférant une aura mystérieuse. Il fait froid, comme à Bromo, et nul thé pour se réchauffer là-haut. Soudain, la brume s’évapore, et dévoile l’étendue d’eau, surnaturelle, aux reliefs adoucis par la lumière encore pastel. Chaque minute, le paysage change, certains sommets devenant furtivement visibles. C’est spectaculaire, et ce, même si les conditions ne furent pas optimum. Certains coteaux sont verts et noirs, évoquant l’Ecosse et l’Islande que je ne fais qu’imaginer. D’autres, plongeant vers le cratère, sont marbrés de souffre aux tons coquille d’oeuf.

Si vous souffrez de problèmes articulaires, le retour sera gravé dans vos genoux. Je remue les miens, avec la sensation qu’ils ne m’appartiennent plus vraiment, ayant pris leur indépendance. Notre chauffeur nous arrête à une cascade non loin de l’Ijen, dont la couleur est d’un vert étonnant. Une autre chute d’eau, puissante, bruyante, nichée dans la végétation et la roche, sera à découvrir un peu plus loin. Nous n’irons pas dans les sources chaudes à proximité de cette cascade, car des villageois s’y baignent nus, ce qui n’amuse pas notre chauffeur. On ponctue cette magnifique virée par un café produit localement, pris face à un panorama splendide, où monts et arbres maillent l’horizon à perte de vue.

Infos pratiques

Rappel : en septembre 2016, le taux de change était de 14800 RP pour 1 euro environ.

– Ijen Homestay 100 000 RP (avec petit-déjeuner)

– Voiture pour l’Ijen 650 000 RP, divisé par quatre passagers

– Voiture pour une excursion à la journée autour de Bondowoso 300 000 RP, divisé par quatre passagers

– Kebab local à l’Alun alun 7000 RP

– Aller du Bromo au Kawah Ijen ? Train Probolinggo > Jember (2h), 17 000 RP (trajet le moins cher, très tôt le matin, défiant toute concurrence) ; bus Jember > Bondowoso (1h), 10 000 RP

PHOTOS EN VRAC

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